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S&É6 min de lecture

Moderniser le S&É : des formulaires papier aux tableaux de bord en temps réel

Comment les outils numériques de S&É compriment la boucle de rétroaction entre la mise en œuvre des programmes de santé et les décisions stratégiques, et ce qu'il faut pour réussir cette transition.

Simisola Adedeji

Simisola Adedeji

M&E Officer, WHO Nigeria

Le suivi et l'évaluation en santé publique souffrent d'un problème de délai.

Le cycle traditionnel de S&É fonctionne ainsi : les agents de santé recueillent des données sur des formulaires papier, ces formulaires sont agrégés au niveau des établissements, les responsables de district les compilent en rapports, les analystes de niveau national examinent ces rapports, et un résumé finit par parvenir aux responsables de programme. Le temps qu'un décideur constate qu'un indicateur clé est sous-performant, des mois se sont écoulés. Le programme a continué dans la mauvaise direction. L'occasion de rectifier le tir a été perdue des semaines auparavant.

Le S&É numérique change la donne. Lorsque les données sont saisies électroniquement dès leur collecte, que ce soit via une tablette, un smartphone ou un système basé sur SMS, elles peuvent circuler quasiment en temps réel vers des tableaux de bord que les responsables de programme, les responsables de district et les équipes nationales peuvent tous consulter simultanément. La boucle de rétroaction se réduit de plusieurs mois à quelques jours.

J'ai pu observer cela de mes propres yeux à l'OMS. La différence ne réside pas seulement dans la rapidité. Elle réside dans la qualité des questions posées. Lorsque les données sont obsolètes, la question la plus fréquente est « que s'est-il passé le trimestre dernier ? ». Lorsque les données sont à jour, la question devient « que se passe-t-il maintenant, et que devrions-nous faire ? ». Ce changement de question transforme entièrement la nature de la gestion des programmes.

Mais le S&É numérique ne se résume pas à un logiciel. Les outils constituent la partie facile. La partie difficile, c'est le système humain qui entoure ces outils.

Le premier défi est la discipline de saisie des données. Un formulaire numérique correctement rempli produit de meilleures données qu'un formulaire papier. Un formulaire numérique rempli à la hâte, incomplet, ou renseigné par quelqu'un qui devine les valeurs, produit des données de moins bonne qualité que le papier, car les erreurs y sont invisibles. Les outils numériques créent un faux sentiment de qualité des données, à moins d'intégrer dès le départ des contrôles de validation, des vérifications de plage et des audits d'exhaustivité.

Le deuxième défi est la capacité d'interprétation. Des tableaux de bord affichant des indicateurs en vert et en rouge ne sont utiles que dans la mesure où les personnes qui les consultent savent les interpréter. Si les responsables de district ne peuvent pas interpréter une carte de contrôle, une alerte en temps réel n'est qu'une source d'anxiété. La numérisation du S&É doit s'accompagner d'une formation à la culture des données, non pas une formation facultative, mais un renforcement des capacités intégré, faisant partie intégrante du déploiement et de la maintenance du système.

Le troisième défi est la pérennité. Les systèmes de santé sont jonchés d'outils numériques financés par un projet, qui ont bien fonctionné pendant la durée de celui-ci, puis ont été abandonnés à sa clôture. Un S&É numérique durable exige que les outils soient détenus par le ministère ou l'équipe de programme, qu'une capacité technique de maintenance existe en interne, et que le coût de fonctionnement soit intégré au budget récurrent. Ce sont des questions de conception institutionnelle, pas des questions technologiques.

Lorsque ces conditions sont réunies, le S&É numérique devient transformateur. Il fait entrer les données du programme dans la même pièce que les discussions stratégiques. Il rend la sous-performance visible suffisamment tôt pour agir. Et il crée une mémoire institutionnelle, un historique longitudinal de ce qui a été essayé, de ce qui a fonctionné et de ce qui n'a pas fonctionné, qui perdure au-delà de tout membre individuel du personnel.

Voilà à quoi ressemble le S&É moderne. Et c'est ce que je m'efforce de bâtir.

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