La surveillance est souvent abordée en termes techniques : définitions de cas, seuils de notification, qualité des données, délais. Ces éléments comptent. Mais derrière chaque notification de cas se cache une décision humaine. Un membre de la communauté a décidé de chercher des soins. Un agent de santé a décidé d'enquêter et de signaler. Un superviseur a décidé d'agir sur l'information plutôt que de la laisser sans suite.
Chacune de ces décisions est influencée par la confiance. Confiance dans le système de santé. Confiance dans le fait que le signalement débouchera sur une réponse, et non sur de simples formalités administratives. Confiance dans le fait que les informations recueillies serviront à protéger la communauté, et non à la sanctionner.
Lorsque j'ai travaillé sur la surveillance des maladies au Nigeria, j'ai rencontré des communautés où cette confiance s'était érodée. Des familles avaient vu des équipes de santé arriver, prélever des échantillons, puis repartir sans aucun retour ni suivi. Des communautés où la dernière intervention face à une maladie avait impliqué une mise en quarantaine et des restrictions sur les biens, sans compensation. Des personnes qui associaient le système de surveillance non pas à une protection, mais à une intrusion.
Dans ces contextes, la surveillance ne fonctionnait pas. Non pas parce que le système manquait de technologie ou de personnel formé, mais parce que le contrat social dont elle dépend avait été rompu.
Reconstruire ce contrat prend du temps. Cela nécessite des boucles de rétroaction cohérentes : lorsqu'un membre de la communauté signale un cas suspect, il doit savoir ce qu'il est advenu de ce signalement. Cela nécessite un suivi visible : lorsque les données de surveillance déclenchent une réponse, la communauté doit voir cette réponse se concrétiser. Cela nécessite un engagement en amont des crises : les systèmes de surveillance qui n'interagissent avec les communautés que pendant les flambées épidémiques auront toujours du mal à mobiliser la participation communautaire au moment où ils en ont le plus besoin.
La pandémie de COVID-19 l'a démontré à grande échelle. Les pays disposant de réseaux d'agents de santé communautaires déjà établis et de structures de surveillance communautaire fonctionnelles bénéficiaient d'avantages qui ne pouvaient être improvisés rapidement. L'investissement dans la confiance communautaire, réalisé pendant des années avant la pandémie, a porté ses fruits pendant celle-ci.
La surveillance n'est pas seulement une infrastructure technique. C'est une relation entre un système de santé et les communautés qu'il est censé servir. Comme toute relation, elle nécessite un investissement continu pour rester fonctionnelle.