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Santé publique4 min de lecture

Leçons de santé publique : pourquoi la passion seule ne suffit pas

Leçon 1 sur 9 : après plus de neuf ans de carrière en santé publique, la leçon vers laquelle je reviens le plus souvent est celle qu'il m'a fallu le plus de temps à vraiment comprendre : la passion n'est pas une stratégie.

Simisola Adedeji

Simisola Adedeji

M&E Officer, WHO Nigeria

Lorsque j'ai commencé ma carrière en santé publique, j'étais animée par un sens clair de ma mission. Je voulais prévenir la maladie. Je croyais que si l'on se souciait suffisamment des choses et que l'on travaillait assez dur, on pouvait faire une réelle différence. La passion me semblait être l'ingrédient essentiel.

Je n'avais pas tort de penser que la passion compte. Mais je me trompais sur ce qu'elle peut accomplir à elle seule.

La passion sans pensée systémique produit des programmes bien intentionnés qui échouent à grande échelle. La passion sans culture politique produit des interventions techniquement excellentes qui ne parviennent ni à être financées ni à être institutionnalisées. La passion sans rigueur des données produit un plaidoyer fondé sur des anecdotes qui ne résiste pas à l'examen. La passion sans humilité culturelle produit des interventions que les communautés rejettent parce qu'elles n'ont pas été conçues avec elles, ni pour elles.

Le moment où j'ai commencé à comprendre cela remonte à ma première affectation de terrain. Je travaillais sur un programme de surveillance des maladies qui, sur le papier, était bien conçu. Les flux de données avaient été cartographiés. La formation avait été dispensée. Les formulaires avaient été imprimés. Puis nous avons découvert que les agents de santé au niveau des établissements ne transmettaient pas les rapports, faute d'incitation à le faire : le processus s'ajoutait à une charge de travail déjà écrasante, et ils avaient constaté que des données de surveillance recueillies auparavant n'avaient jamais donné lieu à une action.

La passion était bien présente. Les agents de santé se souciaient de leurs communautés. Les concepteurs du programme se souciaient des résultats. Mais la passion n'avait résolu ni le problème des incitations, ni celui de la charge de travail, ni celui de la confiance. Cela nécessitait d'autres outils : analyse systémique, mobilisation des parties prenantes, refonte des processus, suivi soutenu dans la durée.

Ce qu'exige la santé publique, ce n'est pas moins de passion, mais une passion disciplinée par la rigueur. L'urgence que procure la passion doit être canalisée par une analyse minutieuse, une conception fondée sur des données probantes, une compréhension des institutions, et la patience de travailler au sein des systèmes tout en cherchant à les faire évoluer.

Après plus de neuf ans, je ressens toujours cette urgence. Mais j'y réponds de manière plus systématique. Ce changement m'a rendue plus efficace, pas moins.

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